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Comprendre le Coronavirus

COMPRENDRE LA SANTÉ AUTREMENT, COMPRENDRE LE
CORONAVIRUS


Dixième partie : spécial coronavirus
Par Dr Erold Joseph, pneumologue, expert en promotion de la santé et Directeur de la
Santé Scolaire au MENFP
8 mars 2020


1-Qu’est-ce qu’un coronavirus?

Les coronavirus constituent une famille de virus dont la partie extérieure présente la forme d’une couronne, d’où leur nom. Ils parasitent soit l’animal, soit l’homme et peuvent causer des maladies respiratoires souvent bénignes sous la forme d’une simple grippe, mais parfois très graves si cette dernière se complique en pneumonie ou insuffisance respiratoire sévère pouvant conduire à la mort.

2-Quels sont les coronavirus les plus dangereux pour l’espèce humaine ?
Il y a :

  • le SRAS-CoV apparu en Chine en 2002 et responsable de l’épidémie de SRAS ou Syndrome
    Respiratoire Aigu Sévère et qui a totalement disparu en 2004
    -le MERS-CoV apparu en 2012 en Arabie Saoudite et qui a causé au Moyen Orient la Maladie
    Respiratoire Sévère du Moyen Orient dont le sigle en anglais est MERS. L’hôte intermédiaire est
    le chameau
  • SARS-CoV-2 ou COVID-19 apparu récemment en Chine, à Wuhan, en décembre 2019 et
    responsable de l’actuelle épidémie. Deux mammifères sont incriminés pour faire le relai à
    l’homme : la chauve-souris et le pangolin

    3- Comment les coronavirus passent-ils de l’animal à l’homme ?

    Les virus ne survivent pas longtemps dans la nature : environ quelques heures. Ils doivent
    parasiter un hôte végétal ou animal, y compris l’être humain. Ceux qui sont hébergés par un
    animal peuvent passer à l’homme par contact entre l’animal et l’homme notamment la consommation de viande fraiche. Le virus s’adapte alors à l’espèce humaine, peut produire la
    maladie, et la transmission interhumaine devient alors possible.

    4- Quels sont les symptômes liés au nouveau coronavirus ?
    Le COVID-19 engendre généralement une maladie respiratoire se manifestant sous la forme
    d’une simple grippe avec fièvre, toux, écoulement ou congestion du nez (nez bouché), maux de
    gorge. 80% des personnes infectées guérissent spontanément. Certains individus contaminés,
    quoique contagieux, présentent peu ou pas de symptôme. Parfois, il s’agit d’un symptôme
    digestif, généralement la diarrhée. Certains peuvent présenter des formes plus graves avec
    difficulté respiratoire rappelant une pneumonie ou même une insuffisance respiratoire aigüe. Il
    s’agit généralement de personnes âgées ou affectées d’une autre pathologie ce qui diminue leur
    immunité (résistance). Les décès (environ 2% des malades) surviennent surtout dans ces deux
    dernières catégories. Dans tous les cas (bénins ou graves), il faut chercher une assistance
    médicale surtout si la personne en question a séjourné récemment dans une région où l’épidémie
    fait rage ou encore a été en contact étroit avec un individu malade.
    5-Comment se réalise la transmission interhumaine du COVID-19 ?
    Elle se réalise au moyen des gouttelettes respiratoires expulsées par le nez ou la bouche lors de
    l’éternuement ou de la toux. Ces gouttelettes peuvent se retrouver sur des objets ou des surfaces
    autour de la personne déjà infectée. On peut alors contracter le virus, en touchant ces objets ou
    ces surfaces et en portant ensuite les mains aux yeux, au nez ou à la bouche. Il est également
    possible de contracter la maladie en inhalant des gouttelettes d’une personne malade qui vient de

    tousser ou d’éternuer à proximité, à environ un mètre. (source OMS). Il ne s’agirait pas d’une
    transmission aérienne laquelle peut se faire à grande distance, comme dans la rougeole qui est
    extrêmement contagieuse. Toutefois, il reste encore beaucoup d’inconnus concernant ce virus et
    ses modes de propagation.
    6-Une personne asymptomatique peut-elle transmettre le virus ?
    Pour comprendre, il faut bien appréhender la notion de période d’incubation laquelle définit
    l’espace de temps séparant l’introduction du virus dans l’organisme et la manifestation des
    premiers symptômes. En principe, la personne ne devrait pas être contagieuse durant ce laps de temps. Il s’agit en quelque sorte, de la période d’emménagement du microbe dans l’organisme :
    il s’installe confortablement dans l’appartement, pour parler de manière imagée. La reproduction
    n’a pas commencé. Cette période dure le plus souvent cinq jours en moyenne mais peut
    s’étendre exceptionnellement jusqu’à douze à quatorze jours. Il est difficile de la déterminer
    avec précision, d’autant plus qu’il existe encore beaucoup de points d’ombre sur ce nouveau
    virus. C’est la raison pour laquelle une personne soupçonnée d’avoir été en contact avec le
    microbe est gardée en isolement, en quarantaine, pendant quatorze jours, le temps que la
    maladie se déclare. Il faudrait dire plutôt quatorzaine. Par ailleurs, les symptômes sont souvent
    fort discrets chez certains individus malades. Cette mise à l’écart vise à protéger la personne
    (diagnostic et soins), mais aussi à protéger son entourage et la collectivité.
    7-Si on est symptomatique ou si l’on se croit infecté, que faire ?
    Il faut consulter un médecin ou se rendre au centre de santé le plus proche. L’on peut aussi
    appeler le numéro de téléphone suivant : 43-433333 mis en place par le Ministère de la Santé
    Publique. L’appel est payant pour l’instant. Le médecin vous interrogera et vous fera subir des
    examens. Toutefois, le diagnostic exact repose sur des tests génétiques réalisés à partir de
    prélèvements faits au niveau de votre appareil respiratoire et qui permettra d’identifier
    exactement le COVID-19.
    8-Existe-t-il un traitement ou un vaccin efficace contre le nouveau
    coronavirus ?
    Il n’existe actuellement aucun traitement contre les virus. Les maladies dues à cette catégorie de
    microbes (y compris la grippe) guérissent spontanément par un mécanisme d’autoprotection et de
    défense appelé immunité naturelle. Dans le cas des maladies coronovirales, généralement
    respiratoires, le traitement des complications ainsi qu’un traitement dit supportif consistant à
    atténuer ou éliminer des symptômes gênants ou graves (fièvre, toux, douleurs thoraciques,
    difficulté respiratoire ) aident le malade à se guérir lui-même. En ce qui concerne les vaccins,
    certains ont été développés contre la grippe saisonnière et certaines maladies virales. Mais, cela
    prendrait au moins une année pour en fabriquer un contre COVID-19 et le tester avant de le commercialiser 9-Quels sont alors, les principaux moyens de prévention contre l’épidémie due
    au SARS-Cov-2 ou Covid-19 ?
    Seule la prévention alliée à la détection et au traitement précoces ainsi qu’à l’isolement
    temporaire des malades peuvent permettre de lutter contre cette nouvelle épidémie du point de
    vue « santé publique »
    Du point de vue individuel, les conseils suivants peuvent aider à se protéger et à protéger autrui :
    a) Toujours tousser ou éternuer dans ses manches ou son coude, jamais au visage de
    l’autre, ni dans les mains
    b) Utiliser des mouchoirs en papier pour s’essuyer les mains ou le visage et les jeter
    ensuite à la poubelle
    c) Se laver fréquemment les mains avec du savon ou de l’eau alcoolisée. On peut utiliser
    également un « sanitizer »
    d) Eviter tout contact étroit avec une personne présentant un syndrome grippal et
    l’inviter à se faire soigner
    e) Eviter de se toucher les yeux, le nez et la bouche
    f) Eviter, autant que possible, les grands rassemblements
    g) Rester toujours rationnel, garder la tête froide, ainsi que son jugement
    En ce qui concerne les masques, leur efficacité est sujette à caution, hormis les masques
    chirurgicaux à usage unique et les FFP2 qui protègent efficacement. Mais, en raison de leur
    coût, il est difficile d’en généraliser l’usage. Ils sont donc réservés au personnel soignant ou
    pour utilisation dans des cas spécifiques.
    Ces conseils ne vous protégeront pas à 100%. Toutefois, leur respect diminuera de beaucoup
    les risques de contracter ou de transmettre la maladie.
    10-Quelle est la gravité, quel est l’avenir de cette nouvelle épidémie de
    coronavirus ?
    Deux paramètres déterminent la gravité d’une épidémie : sa contagiosité et sa létalité. Le premier
    traduit sa capacité de transmission au sein d’une population et le second, la mortalité due spécifiquement à la maladie. La capacité de transmission ou de contagion est mesurée par le taux
    de reproduction de base ou RO du virus, lequel indique le nombre moyen d’individus qu’une
    personne infectée peut contaminer. Un RO de 2 signifie qu’un individu infecté peut contaminer
    en moyenne deux autres. Un RO inférieur à 1 ne peut entrainer une transmission soutenue. Le
    virus finit alors par disparaitre de la circulation. Le RO est, par ailleurs, directement lié au mode
    de transmission de la maladie. Ainsi, la contagion est beaucoup plus facile dans les maladies à
    transmission aérienne qui peut se faire à bonne distance que dans celles qui nécessitent un
    contact intime comme le Covid-19 ou, mieux encore, le VIH/SIDA qui exige des relations
    sexuelles. Le deuxième paramètre, à savoir la létalité, est le plus important pour évaluer la
    gravité d’une épidémie. Il est apprécié par le taux de létalité, pourcentage des individus décédés
    parmi ceux qui sont infectés. Une épidémie peut être létale mais très peu contagieuse. Ainsi, le
    coronavirus du Syndrome respiratoire du Moyen Orient ou MERS tue très rapidement, mais est
    très peu contagieux. La faible contagiosité d’une maladie aussi mortelle est une bonne chose
    pour l’Humanité, selon Guy Boivin, professeur de microbiologie-infectiologie et d’immunologie
    de l’Université Laval et titulaire de la chaire de recherche du Canada.
    Toujours selon Boivin, la nouvelle épidémie a un RO (contagiosité) se situant entre 2 et 2,5
    légèrement supérieur à celui de la grippe saisonnière qui se situe entre 1 et 1,5. Quant à sa
    létalité, l’indice le plus important, elle serait difficilement appréciable parce qu’il s’agit d’un
    virus émergent (nouveau), et serait surestimée en raison de la non prise en compte dans le
    dénominateur, des nombreux cas infectés mais asymptomatiques. Pour Boivin, le taux réel de
    létalité du Covid-19 se situerait entre les 3% de la Chine et le 1,5% à l’extérieur de la Chine,
    mais moins que les 2,3% officiels de l’OMS. Par comparaison, le taux de létalité du SRAS est de
    9,6%, et celle du MERS, 35,6%. Il s’agirait donc d’une surestimation de la contagiosité et de la
    létalité de l’épidémie, donc de sa gravité.
    Toujours selon le professeur Boivin, trois scénarios sont possibles que nous nous permettons de
    résumer à deux :
    Premier scénario catastrophique : comme le Covid-19 qui vient des premières zones à risque
    (notamment la Chine), se transmet par contact humain étroit dans les autres régions du globe, il
    se mélange avec plusieurs autres virus existants locaux, comme en Corée du Sud, en Iran et en Italie. Ceci donne naissance à plusieurs générations de virus de provenance intraçable Le retard
    pris à arrêter l’épidémie la rend incontrôlable.
    Deuxième scénario positif : le virus s’adapte à l’être humain, perd de sa virulence et devient un
    virus courant qui revient chaque année comme une grippe saisonnière. Il peut aussi disparaitre
    totalement.
    On peut donc aboutir à une pandémie grave ou bénigne .
    Nous ajouterions que l’épidémie du Covid-19 est associée à une autre encore plus grave qu’il
    faut juguler intelligemment et en urgence : c’est l’épidémie de panique et de psychose qui
    multiplie par dix les effets de la première. Elle est entretenue par la cacophonie d’informations,
    l’égoisme et la peur qui engendrent souvent l’inhumanité. Il faudrait relire « La peste » d’Albert
    Camus.

    Dr Erold Joseph
    Eroldjoseph2002@yahoo.fr et eroldjoseph2002@gmail.com
    Phone (509) 37-77-6581
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